Discours d’Hubert Falco pour le 73ème anniversaire de la Libération de Toulon

Monsieur le Préfet,
Commandant, représentant Monsieur le Préfet Maritime,
Mesdames les députés,
Monsieur le vice-président, représentant le Président du Conseil Régional,
Monsieur le vice-président, représentant le Président du Conseil Départemental,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

C’est toujours avec une grande émotion que nous nous retrouvons ici, le 28 août, pour évoquer l’avancée des troupes des forces alliées qui, depuis le débarquement de centaines de milliers de combattants le 15 août 1944 sur les côtes varoises, a conduit à la libération de notre ville et de notre pays.

Si le débarquement de Provence est moins présent dans la mémoire collective que l’opération Overlord
du 6 juin 1944 en Normandie et si son importance est souvent mésestimée, il n’en est pas moins capital pour les alliés dans leur reconquête de l’Europe.

C’est pourquoi notre ville est fière d’abriter,
depuis 1964, date de son inauguration par le Général de Gaulle lui-même, le mémorial du Mont Faron, haut lieu de la mémoire combattante de notre pays.

Appelé désormais « Mémorial du Débarquement et de la Libération de Provence », sa rénovation, inaugurée en mars dernier par l’ancien Président de la République (François Hollande), a permis de rendre hommage à l’ensemble des acteurs du débarquement et de la libération.

Sa vocation pédagogique, notamment en direction des plus jeunes, et son rayonnement en sortent renforcés.

C’est ainsi aujourd’hui tout à la fois un lieu de réflexion, d’enseignement et de transmission qui permet d’expliquer aux citoyens de demain ce que furent les valeurs et les sacrifices des soldats de la libération.

Ce soir encore, unis dans la même ferveur, dans la même gratitude, devant le monument aux morts de notre ville, qui réunit le souvenir des hommes qui ont donné leur vie pour que nous soyons des hommes libres, c’est la mémoire qui nous rassemble.

Nos pensées vont vers ceux qui ont tant combattu et souffert pour libérer, avec l’aide de nos alliés, notre pays de la barbarie nazie et de sa folie meurtrière.

Souvenons-nous des soldats de la 1ère Armée du Général de Lattre de Tassigny, venus de la métropole mais aussi de tous les horizons de l’outre-mer français.

Partis d’Afrique du Nord, de Corse et d’Italie, et débarqués à partir du 16 août sur les plages varoises, ce sont eux qui furent chargés de délivrer les grands ports stratégiques qu’étaient alors Toulon et Marseille.

Chasseurs d’Afrique, goumiers, tabors, spahis, tirailleurs, zouaves, leurs noms résonnent pour toujours dans nos mémoires.

Souvenons-nous particulièrement des soldats de la 3ème D.I.A., de la 1ère D.F.L., de la 9ème D.I.C., qui ont mené la bataille de Toulon.

Souvenons-nous des Généraux de Monsabert, Brosset, Magnan, de Larminat…

Rencontrant une résistance acharnée des Allemands, la reconquête de la ville a duré huit jours, huit jours de combats intenses, les opérations étant soutenues par les FFI, et par la flotte et l’aviation alliées.

Le 26 août au soir, Toulon est totalement libérée.

La lutte a été d’une rare violence et le bilan est terrible.

Les pertes alliées s’élèvent à 2 700 tués ou blessés.

On compte près de 300 victimes parmi les résistants.

Toulon, dévastée par les bombardements aériens
et les combats d’artillerie, est détruite à près de 50%.

Moins de 15 jours après le débarquement de Provence qui a consacré la renaissance de l’armée française, Toulon est la première grande ville entièrement libérée par elle.

Marseille est également délivrée et la bataille de Provence est gagnée avec plus de 60 jours d’avance sur les prévisions.

La 1ère armée poursuit son mouvement tout au long de la Vallée du Rhône, libère l’Alsace et entre en Allemagne jusqu’au Danube.

Son chef, le général de Lattre de Tassigny, représentera la France, le 8 mai 1945, à la signature de l’acte de capitulation de l’Allemagne vaincue.

M’adressant aux vétérans qui sont parmi nous aujourd’hui, je voudrais dire notre respect et notre admiration, notre reconnaissance et notre gratitude pour leur engagement.

Vous et vos camarades, qui avez lutté ici, pour notre pays, pour notre terre de France, vous avez tout donné.

C’est au prix d’un danger de tous les instants, et parfois du sacrifice suprême, que vous avez défendu nos valeurs républicaines, notre identité, notre cohésion nationale, notre patrie : la France.

Nous pensons aussi à toutes celles et tous ceux qui, de l’intérieur, accompagnèrent votre combat.

Souvenons-nous des femmes et des hommes de la Résistance, dont nous ne dirons jamais assez le courage et qui, en cet été 44, ont pu enfin sortir au grand jour et apporter un soutien déterminant aux forces débarquées.

Souvenons-nous des martyrs des maquis varois, des 38 résistants fusillés dans le Vallon de Signes.

Souvenons-nous des hommes et des femmes morts pour la libération de notre ville, et dont des plaques, ici et là dans nos quartiers, rappellent la mémoire.

Avec vous, avec les membres des associations patriotiques et leurs porte-drapeaux, partageons ce devoir de mémoire qui a été le vôtre, tout au long de votre vie, pour rappeler les sacrifices consentis par tous vos camarades, connus ou inconnus, tombés au champ d’honneur ou qui vous ont quittés depuis.

Que leur exemple, leur engagement et leur sacrifice continuent de nous habiter.

Nous n’oublions pas non plus le lourd tribut payé par les populations, les victimes civiles, les veuves et les orphelins de la deuxième guerre mondiale.

Enfin, nous ne dirons jamais assez notre gratitude envers toutes les nations et tous les peuples qui ont accompagné la France dans la reconquête de son territoire et de sa liberté.

Nous pensons aussi à tous les déportés qui ont connu l’enfer des camps nazis, les privations, les brimades, les insultes, les supplices, les travaux forcés. La mort.

Nous pensons aux martyrs des camps de la mort.

Mais nous n’oublions pas tous ces Français, ces Justes parmi les Nations, qui ont combattu la barbarie nazie en cachant une famille juive menacée de déportation.

En cet instant, je pense à Simone Veil, disparue
le 30 juin dernier, et à qui, si vous le permettez, je voudrais rendre hommage.

Simone Veil, déportée à l’âge de seize ans, avait survécu à l’horreur des camps où elle perdit son frère et ses parents.

C’est sans doute dans cette souffrance qu’elle avait puisé la force et la ténacité qui l’ont animée jusqu’à son dernier souffle.

« Nous sommes les messagers, disait-elle. Nous sommes revenus ».

Simone Veil fut toute sa vie une combattante, une gardienne infatigable de la mémoire, première présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, et une combattante du droit des femmes.

J’avais pour Simone Veil que j’ai eu l’honneur d’accompagner à Auschwitz en 2010, une admiration et un respect infinis, et aussi beaucoup d’affection.

Le souvenir de Simone Veil, cette femme libre et courageuse, reste parmi nous.

Simone Veil mit aussi beaucoup de son énergie au service de la réconciliation franco-allemande, et je veux saluer la mémoire de ces femmes et de ces hommes qui ont travaillé, au lendemain de la guerre, à construire une Europe de la Paix, du Respect mutuel et du Progrès.

Cette Europe de la paix qui est aujourd’hui – et même si d’autres continents sont touchés – la cible privilégiée du terrorisme islamique parce qu’elle est le symbole d’une société ouverte et libre.

Après Paris, Nice, Berlin, Londres, Stockholm, c’est la Catalogne qui a été frappée au cœur.

Aussi, en cet instant, mes pensées vont aussi vers les victimes et les blessés des terribles attentats de Barcelone et de Cambrils, et vers ces familles du monde entier qui pleurent la disparition d’un proche.

Réunis par le devoir de mémoire en hommage à nos libérateurs, nous pensons aussi avec respect et admiration à nos soldats de France qui, aujourd’hui, servent la République, portent ses couleurs et défendent ses valeurs à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières.

Ils ont au fond de leur cœur la même flamme, le même sens du devoir, la même abnégation que nos libérateurs d’hier.

Je pense notamment aux soldats engagés dans les OPEX en cours pour lutter contre le terrorisme islamique au Mali ou au Moyen-Orient.

En cet instant, – je l’ai promis à son père, ici présent -, je voudrais rappeler la mémoire d’un commando marine des forces spéciales mort au combat en Afghanistan et rendre hommage à son héroïsme.

Il s’agit du second maître Jonathan Lefort, du Commando Trepel, de Lorient, mort pour la France dans la nuit du 17 au 18 décembre 2010 lors d’une opération contre des insurgés dans la province de Kapisa. Il avait 28 ans. C’était son troisième engagement en Afghanistan.

Il a donné sa vie pour son idéal.

Alors que la menace terroriste reste très présente et que nous sommes toujours en état d’urgence, je pense aussi aux soldats de la Force Sentinelle qui, en appui des forces de sécurité intérieure, contribuent à la sécurité des Français.

Oui, rendons hommage à nos soldats, à nos aviateurs, à nos marins qui, chaque jour, donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Oui, rendons hommage à nos policiers et à nos gendarmes.

Saluons leur courage, leur dévouement, leur engagement sans faille.

En cet instant de recueillement, je souhaite les associer à notre respect et à notre reconnaissance.

Vive Toulon !
Vive la République !
Vive la France !